« Seuil« , Extrait Vidéo 3:38, installation, porte en bois, béton, 2025

Cette installation convoque une scène filmée de mon enfance : ma grand-mère étendant le linge, un geste banal, quotidien, inscrit dans la trame domestique. Initialement filmée par ma mère, la vidéo a été rejouée, regardée sur un écran de télévision puis à nouveau captée par un caméscope. Ce double enregistrement agit comme une métaphore de l’effacement : chaque relecture altère l’image, fragilise le souvenir, dédouble le temps.

La vidéo est projetée directement sur une porte de chambre, vestige arraché à la maison familiale. Seule, dressée comme un seuil sans pièce, cette porte devient le support d’un souvenir presque effacé. Elle devient un passage, à franchir du regard, vers ce qui reste. Marquée par des traces de papier peint, de peinture écaillée, d’une poignée, elle incarne la mémoire matérielle : celle qui s’effrite mais persiste.

À ses pieds, une petite sculpture — un bibelot familial, moulé puis déformé — vient matérialiser l’intime. Objet-souvenir, altéré comme le souvenir lui-même, il accompagne la projection d’un monde intérieur révolu. Cette installation questionne ce qu’il reste d’un lieu, d’un geste, d’un corps aimé, lorsque tout a disparu. Elle offre une mise en espace sensible d’une mémoire en ruine, un monde intérieur et un seuil fragile entre présence et disparition.

« Seuil« , Vidéo 3:38, installation, porte en bois, béton, Paris, 75016, 2025

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